Lunettes connectées : vers une régulation en France ?
Alexandre Godard- Il y a 8 min (Màj À l'instant)
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Les lunettes connectées s’invitent désormais dans le viseur de la justice française. Après plusieurs signalements de femmes filmées à leur insu puis exposées sur les réseaux sociaux, le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes pour examiner les usages illégaux de ces nouveaux appareils.
Lunettes connectées : ces nouveaux usages vont-ils pousser la France à légiférer ?
Le parquet de Paris a confirmé à l'AFP avoir ouvert plusieurs enquêtes après des plaintes de femmes filmées dans la rue à leur insu à l'aide de lunettes connectées. Il évoque une « tendance montante sur les réseaux sociaux consistant à filmer des femmes dans la rue avec des lunettes connectées sans leur consentement et publier les vidéos en ligne ».
Le signal d'alerte est venu de l'association e-Enfance, qui gère le 3018, numéro national dédié aux violences numériques. Le 8 septembre, elle avait recensé une vingtaine de signalements, la plupart concernant des lunettes Meta. Le scénario revient systématiquement : un créateur de contenus aborde une femme ou une adolescente dans un lieu public, déclenche discrètement l'enregistrement, cherche à provoquer une réaction ou une situation embarrassante, puis publie la séquence sur TikTok pour humilier son sujet sans qu'il ait donné son accord.
Sur le plan judiciaire, ces enquêtes visent la diffusion, par un service de communication en ligne, d'un contenu représentant l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement, un délit puni de deux ans de prison et 45 000 euros d'amende. Quand les images montrent en plus des gestes sexuels non consentis, la qualification d'agression sexuelle peut s'ajouter. La section cybercriminalité du parquet a par ailleurs testé elle-même des lunettes connectées en septembre, afin de vérifier quelles autres infractions ces appareils pourraient faciliter.
Le 3018 a obtenu le retrait de plusieurs vidéos auprès de TikTok, mais certains comptes ont republié du contenu similaire par la suite. Laure Salmona, directrice de l'association Féministes contre le cyberharcèlement, y voit une répétition d'un schéma déjà observé avec l'IA générative et les deepfakes : une technologie nouvelle rapidement retournée contre les femmes. Elle souligne aussi que la discrétion des lunettes change la nature du geste, en supprimant le signal visible qu'offrait jusqu'ici le fait de sortir un téléphone pour filmer quelqu'un.
Meta, dont les lunettes sont les plus citées dans les signalements, rappelle avoir mis en place des garde-fous pour prévenir ce type d'usage. Mais cela ne semble pas suffisant.
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