L’IA met à mal la politique écologique d’Apple
Alexandre Godard- À l'instant
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Alors que Tim Cook quitte les commandes d’Apple, son héritage écologique se retrouve face à un défi inédit : l’explosion de l’intelligence artificielle. Entre ambitions climatiques et besoins énergétiques croissants, John Ternus devra désormais prouver qu’Apple peut continuer à innover sans renoncer à ses engagements environnementaux.
Apple face à l'IA : l'héritage écologique de Tim Cook mis à l'épreuve
Le départ de Tim Cook de la direction opérationnelle d'Apple, le 1er septembre 2026, relance une question que peu de monde posait il y a encore deux ans : que va devenir la politique environnementale de la marque à la pomme à l'heure où l'intelligence artificielle générative dévore toujours plus d'électricité ? Selon Greenpeace East Asia, ce dossier pourrait devenir le véritable test de vérité de tout ce que Cook a construit en quinze ans sur ce terrain.
Il faut reconnaître à Tim Cook un bilan climatique nettement au-dessus de la moyenne du secteur. Apple a fixé dès 2020 un objectif de neutralité carbone pour l'ensemble de sa chaîne, produits et fournisseurs compris, à l'horizon 2030, avec une réduction de 75 % des émissions par rapport à 2015 et le recours à des projets de compensation carbone pour le solde. L'entreprise affirme avoir déjà réduit ses émissions de plus de 55 % depuis 2015, tout en maintenant ses bureaux, magasins et centres de données sous une alimentation entièrement renouvelable depuis plusieurs années. Contrairement à la majorité de ses concurrents, dont les émissions repartent à la hausse à cause des besoins de l'IA, Apple est jusqu'ici parvenue à empêcher son empreinte carbone globale de croître. Un résultat suffisamment convaincant pour que Greenpeace attribue encore récemment à l'entreprise une note B+ sur ses efforts en matière d'énergies renouvelables dans sa chaîne d'approvisionnement.
Le problème, c'est que cette trajectoire a été pensée avant l'explosion de l'IA générative. Apple mise beaucoup sur le traitement local des tâches, directement sur l'iPhone ou le Mac grâce au Neural Engine, une approche plus sobre en énergie que l'envoi systématique des requêtes vers le cloud. Mais une partie croissante des fonctions IA, à commencer par la nouvelle Siri annoncée pour ce mois-ci et construite sur la technologie Gemini de Google, nécessite malgré tout des centres de données puissants pour traiter les requêtes les plus complexes. Or ces infrastructures consomment énormément d'électricité et d'eau, deux ressources que l'ensemble de l'industrie technologique s'arrache actuellement pour répondre à la demande en calcul. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la consommation électrique des centres de données mondiaux a progressé d'environ 12 % par an entre 2017 et 2024, avec une projection de doublement d'ici 2030.
Dans ce contexte, la porte-parole de Greenpeace Avex Li estime que l'IA sera "le test décisif des engagements climatiques d'Apple", et que l'entreprise devra prouver que sa croissance dans ce domaine reste compatible avec ses engagements existants, via des réductions absolues d'émissions, des investissements renouvelables supplémentaires et des produits conçus pour durer plus longtemps. Une position partagée par Rachel Kitchin, de l'ONG Stand.earth, qui va jusqu'à suggérer que Tim Cook a peut-être choisi le bon moment pour quitter la direction opérationnelle, alors que le tableau reste pour l'instant relativement flatteur.
À cela s'ajoute un climat politique américain nettement moins favorable à la transition énergétique. Sous la seconde administration Trump, les autorités ont multiplié les initiatives visant à alléger la réglementation environnementale pour accélérer la construction de nouvelles centrales et de data centers, quitte à privilégier les énergies fossiles. Tim Cook, présent à l'investiture présidentielle de janvier 2025 et donateur du comité d'organisation, n'a jamais caché sa proximité avec l'administration américaine, une posture qui interroge sur la capacité d'Apple à maintenir la pression sur ses partenaires énergétiques dans un environnement réglementaire moins contraignant.
Reste que l'entreprise dispose d'un levier que peu de ses concurrents possèdent : son poids commercial. En imposant à plus de 320 fournisseurs représentant la quasi-totalité de ses dépenses de fabrication directe un basculement vers les énergies propres, Apple a démontré qu'elle pouvait faire plier sa chaîne d'approvisionnement là où la réglementation ne suffit pas. La question, désormais entre les mains de John Ternus, est de savoir si cette même discipline industrielle saura s'appliquer à l'appétit énergétique insatiable de l'intelligence artificielle.
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