France Travail utilise l'IA pour détecter les chômeurs "suspects"
- 👨 Alexandre Godard
- Aujourd'hui à 02:30
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France Travail utilise l'IA pour détecter les chômeurs "suspects"
L'information vient d'un document interne révélé par La Quadrature du Net, en partenariat avec la cellule investigation de Radio France. Ce document, présenté le 10 décembre dernier au comité d'éthique IA de France Travail, décrit un outil baptisé "Ciblage du Contrôle de la Recherche d'Emploi", actuellement en phase de test.
Le principe est simple à décrire, mais lourd de conséquences. L'algorithme s'appuie sur un arbre de décision entraîné à partir de 60 000 contrôles passés, et classe chaque personne inscrite à France Travail dans l'une de deux catégories : "suspecte" ou "non suspecte". Celles et ceux jugés suspects se retrouvent alors sur une liste prioritaire de contrôle. Vingt-six variables entrent en jeu dans ce calcul, parmi lesquelles l'ancienneté d'inscription, l'historique des manquements ou encore la présence d'une activité non salariée.
Pour l'instant, l'outil n'a été testé que sur des personnes ayant connu une rupture conventionnelle, à travers deux campagnes portant sur environ 7 000 dossiers chacune. Mais France Travail affiche une ambition bien plus large : étendre le modèle à d'autres publics et générer chaque mois des listes de contrôle automatisées. Avec l'inscription obligatoire des bénéficiaires du RSA depuis janvier 2026, ce sont potentiellement plus de six millions de personnes qui pourraient être concernées.
Ce type d'outil n'est pas une nouveauté isolée. La CNAF et l'Assurance maladie ont déjà fait l'objet de révélations similaires ces dernières années, avec à chaque fois le même scénario : un algorithme présenté comme neutre et objectif, une opacité totale sur son fonctionnement réel, et un accès au code source obtenu uniquement après de longues batailles juridiques, voire par accident. France Travail semble suivre exactement le même chemin, en refusant jusqu'ici toute communication sur le code de ses différents outils d'intelligence artificielle, y compris ceux déjà déployés auprès de ses usagers et de ses conseillers.
Ce qui interroge, au-delà du cas précis de France Travail, c'est la répétition du même schéma d'une institution sociale à l'autre. Une fois qu'un premier organisme a testé et normalisé ce type de profilage automatisé, les suivants semblent s'y engager avec de moins en moins de résistance interne, et de plus en plus de moyens.