Apple Watch : 10 ans après, quel avenir pour la smartwatch ?
Nadim Lefebvre- Hier à 09:30
- 💬 15 coms
- 🔈 Écouter
Dix ans après son lancement, l'Apple Watch règne en maître sur le marché de l'horlogerie connectée. Avec près de 33 millions d'unités écoulées annuellement, elle dépasse même l'ensemble des montres suisses exportées. De fait, Apple est l'entreprise qui vend le plus de montres au monde, connectées ou non. Pourtant, derrière ce succès commercial indéniable se cache une réalité plus nuancée : Apple peine à insuffler une véritable nouveauté à chaque génération, tandis que les utilisateurs conservent leurs modèles plus longtemps. La montre connectée de Cupertino a beau dominer son segment, elle n'a jamais vraiment transcendé son statut de gadget technologique pour devenir l'objet de désir intemporel qu'Apple espérait.
Un succès commercial sans âme
L'Apple Watch s'est imposée comme la montre la plus vendue au monde, toutes catégories confondues. Un exploit qui mérite d'être souligné, d'autant que la marque à la pomme a réussi à créer une habitude chez des millions de personnes qui ne portaient jamais de montre auparavant. Les enfants, les sportifs occasionnels, les technophiles, les personnes âgées : tous ont trouvé une raison d'adopter ce petit écran rectangulaire à leur poignet.
Mais voilà, Apple n'est jamais parvenu à transformer sa smartwatch en véritable accessoire de mode. L'échec retentissant de l'Apple Watch Edition en or massif, vendue jusqu'à 17 000 dollars en 2015, illustre parfaitement ce problème. Alors que les montres mécaniques de luxe traversent les décennies en prenant de la valeur, l'Apple Watch Gold est rapidement devenue obsolète, condamnée par l'évolution logicielle et matérielle. Un investissement désastreux pour les quelques acheteurs qui s'y sont risqués.
La collaboration avec Hermès représente certes une tentative plus réussie de légitimité dans l'univers du luxe. Les bracelets en cuir de la maison française apportent une touche d'élégance bienvenue, mais cette association reste limitée : l'Apple Watch Hermès - testée par nos soins en 2016, demeure le produit le plus cher d'un Apple Store et le plus abordable d'une boutique Hermès. Un entre-deux qui ne trompe personne sur sa nature fondamentale de produit technologique.
Des défis à relever pour l'avenir
Apple se retrouve face à un dilemme : comment continuer à innover sur un produit dont la formule semble avoir atteint sa maturité ? Les nouveautés deviennent de plus en plus faméliques à chaque génération. L'Apple Watch Series 11 n'a aucune nouveauté hardware par rapport à la précédente, à tel point qu'on se demande pourquoi l'entreprise s'entête à en sortir une chaque année. L'Ultra, lancée en 2022 pour séduire les amateurs d'outdoor et justifier un prix avoisinant les 800 euros, n'a pas vraiment bouleversé la donne. Elle reste handicapée par une autonomie médiocre qui nécessite une recharge tous les deux jours, là où des concurrents comme Garmin proposent des modèles tenant deux semaines, avec des fonctionnalités logicielles souvent plus poussées.
Le vieillissement rapide du produit constitue un autre obstacle majeur. Contrairement à une montre mécanique qui peut se transmettre de génération en génération, l'Apple Watch dort souvent au fond d'un tiroir après quelques années d'utilisation. Cette obsolescence programmée, bien qu'elle soit involontaire et inhérente à tous les produits technologiques, érode progressivement la confiance des utilisateurs et explique en partie l'allongement des cycles de renouvellement.
Pour l'avenir, Apple devra probablement miser sur l'intégration de capteurs de santé toujours plus sophistiqués, une piste déjà largement explorée avec la détection de la fibrillation auriculaire ou la mesure de l'oxygène dans le sang. L'autonomie reste le talon d'Achille à améliorer drastiquement. L'IA générative conversationnelle peut constituer un autre piste, avec un objet que l'on porte sans cesse au poignet et qui nous connaît mieux que nous même. Mais la vraie question demeure : la montre connectée peut-elle dépasser son statut d'outil quantifié pour devenir un objet émotionnel ? Dix ans après, la réponse semble être non.
















