Apple a-t-elle contribué à créer la crise mémoire qu'elle dénonce aujourd'hui ?
- 👨 Alexandre Godard
- Hier à 23:41
- 💬 Réagir
Crise mémoire : Micron pointe du doigt Apple et sa stratégie d'achat agressive
La flambée des prix des composants mémoire qui secoue l'industrie tech depuis plusieurs mois trouve peut-être une explication inattendue. Sumit Sadana, directeur commercial de Micron, a récemment déclaré que certains grands clients du fabricant de puces ont contribué à créer les conditions de la pénurie actuelle en imposant des tarifs d'achat particulièrement bas lors du précédent cycle baissier du marché.
Sans citer de nom, le dirigeant a évoqué des clients qui ont adopté une posture "très agressive sur les prix" et dont le comportement était "peu constructif". Les déclarations interviennent alors que Tim Cook avait lui-même pointé les fabricants de mémoire comme responsables des hausses de prix imposées par Apple sur ses produits ces derniers mois.
La charge de Micron est directe : en 2023, certains acheteurs auraient profité d'un marché mémoire en plein creux pour exiger des prix plancher. Ces conditions tarifaires auraient rendu les marges brutes de Micron négatives et conduit à l'arrêt de nombreux programmes d'investissement dans de nouvelles capacités de production. Le sous-investissement de cette période expliquerait désormais l'incapacité du secteur à répondre à la demande actuelle.
Apple, dont le nom n'est pas mentionné explicitement mais que le contexte désigne clairement, est réputé pour sa capacité à presser ses partenaires de la chaîne d'approvisionnement sur les prix. Sur la dernière décennie, la firme de Cupertino a augmenté le prix de son iPhone haut de gamme de 60 %, passant de l'iPhone 7 Plus à 749 dollars en 2016 à l'iPhone 17 Pro Max à 1 199 dollars en 2025, alors que l'inflation américaine n'atteignait que 37 % sur la même période.
Ce contexte rend la situation paradoxale : Apple joue la victime d'une crise dont elle aurait elle-même semé les graines. Micron, de son côté, peine à convaincre tout le monde de son innocence. Ses marges brutes ont atteint 85 % lors du dernier trimestre, ce qui fragilise l'argument d'une industrie structurellement sous-capitalisée. La responsabilité de la crise mémoire semble, en réalité, partagée.
Source