Apple et la publicité : la fin d'un tabou ?
- 👨 Nadim Lefebvre
- Il y a 4 heures
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Une invasion progressive
C’est une stratégie des petits pas, ou plutôt de la grenouille qu'on fait bouillir lentement. Au départ, en 2016, ce n'était qu'un simple bandeau discret en haut des résultats de recherche. Aujourd'hui, Apple s'apprête à passer la seconde. Dès le mois de mars, d'abord au Royaume-Uni et au Japon avant une probable généralisation, l'App Store affichera plusieurs encarts sponsorisés pour une même requête.
Concrètement, si vous cherchez une application précise, disons un jeu indé spécifique, il faudra peut-être scroller sous plusieurs "recommandations" payées par de gros éditeurs (souvent des clones de moindre qualité) avant de trouver ce que vous cherchiez réellement.
Mais l'ambition de Cupertino ne s'arrête pas à sa boutique d'applications. Les spots sponsorisés ont déjà colonisé Apple News, Bourse, et on parle désormais d'une arrivée imminente dans Plans courant 2026. L'idée serait de mettre en avant des chaînes de restaurants ou des commerces payants au détriment, peut-être, de la petite adresse locale pertinente. En somme, Apple s'inspire de tout ce que fait Google depuis des années au sein de ses services.
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi une entreprise qui frôle les 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière a-t-elle besoin de transformer nos écrans en panneaux d'affichage ? La réponse tient en deux mots : les services.
L'époque où l'iPhone portait à lui seul la croissance infinie d'Apple est révolue. Le marché du smartphone est mature, les gens gardent leurs téléphones plus longtemps. Pour continuer à satisfaire Wall Street, Apple doit diversifier ses revenus. Après l'échec cuisant de la régie "iAd" il y a dix ans (qui voulait concurrencer Google trop tôt), Apple revient avec une approche plus pragmatique et interne.
La publicité est une manne financière aux marges colossales. Pour Apple, c'est le levier idéal pour réduire sa dépendance au matériel. Mais cet argent "facile" a un coût invisible : la confiance.
Le dilemme de l'expérience utilisateur
C'est ici que le bât blesse. L'ADN d'Apple, c'est l'expérience utilisateur et le respect de la vie privée. Or, la publicité est par nature une friction. Elle détourne l'attention et, dans le cas de la recherche, elle biaise la réponse.
Si les résultats de recherche favorisent celui qui paie le plus cher plutôt que l'application la plus pertinente ou innovante, c'est tout l'écosystème qui s'appauvrit. Les petits développeurs, ceux qui font souvent la richesse de l'App Store, risquent d'être invisibles face aux géants du secteur capables d'acheter les mots-clés les plus chers.
Il y a une dissonance cognitive grandissante. Peut-on justifier un iPhone 17 Pro à plus de 1000 € si l'interface commence à ressembler à celle d'un concurrent deux fois moins cher ? Apple marche sur une corde raide. Jusqu'à présent, les utilisateurs ont toléré ces ajouts car ils restaient marginaux. Mais si Plans ou l'App Store deviennent des vitrines publicitaires agressives, l'argument du "premium" et de la confidentialité risque de ne plus suffire à justifier la facture.
Rassurons-nous, Apple est encore loin des constructeurs Android chinois qui remplissent les smartphones d'apps sponsorisées pré-installées et incluent de la publicité chaque fois que cela est possible. Surtout, il y a une étape qu'Apple ne franchira surtout jamais : monétiser et vendre les données personnelles des utilisateurs, et c'est le seul constructeur à ne pas le faire.
Et vous, est-ce que l'arrivée de publicités dans l'univers Apple vous inquiète ?